Sommaire 17 parties
- Pourquoi quitter le régime micro
- Seuils micro & signaux de sortie
- SASU ou EURL : lequel choisir ?
- Fiscalité IS, salaires et dividendes
- TVA et facturation après bascule
- Charges sociales et protection
- Formalités : statuts, M0, RBE, compte pro
- Contrats clients, cession ou apport de clientèle
- Comptabilité, logiciel et process
- Cash-flow & provisions
- Cas pratiques
- Simulations chiffrées
- Erreurs fréquentes
- Checklists & plan 30-60-90
- L’essentiel
- FAQ — passer de micro à SASU
- Conclusion
Pourquoi quitter le régime micro
Trois raisons fréquentes : (1) plafonds atteints ou proches, (2) besoin de déduire des frais réels (logiciels, sous-traitance, déplacements), (3) nécessité de séparer patrimoine perso/pro et améliorer son image auprès de clients grands comptes. La SASU apporte la responsabilité limitée et une structuration crédible.
L’effet TVA compte aussi : en micro franchisé, vous perdez la TVA sur vos achats ; en SASU, récupérer la TVA peut améliorer vos marges si vous achetez beaucoup (logiciels, sous-traitance) ou travaillez en B2B.
À retenir Ne sortez pas trop tôt si votre marge est faible et votre CA modeste ; les coûts fixes (comptable, banque, charges) doivent être absorbés par votre modèle.
Seuils micro & signaux de sortie
Plafonds 2026 : 188,7 k€ ventes / 77,7 k€ services, avec règle mixte. Franchises TVA : 39,1/48,1 k€ services, 101,7/125,3 k€ ventes. Dépasser les seuils TVA déclenche la TVA avant la sortie micro fiscale. Dès que vous frôlez les seuils sur 12 mois glissants, préparez la bascule.
Signaux : marges compressées par absence de déduction, clients qui exigent TVA ou structure sociétale, besoin de recruter ou de sous-traiter massivement, volonté de se salarier (IJ, retraite complémentaire).
À retenir Tenez un tableau de CA glissant et de dépenses ; notez un jalon “préparation SASU” à 80 % des seuils pour éviter un sprint administratif.
En cas de dépassement ponctuel, la sortie du micro intervient l’année suivante ; mais pour la TVA, le dépassement majeur déclenche la TVA dès le jour du franchissement du seuil majoré. Mieux vaut anticiper pour ne pas facturer sans TVA alors que vous y êtes assujetti.
SASU ou EURL : lequel choisir ?
SASU : président assimilé salarié, charges plus élevées mais protection sociale alignée sur le régime général (hors chômage). IS par défaut, option possible pour l’IR temporairement. EURL (gérant TNS) : charges plus faibles mais protection plus réduite ; dividendes en partie soumis aux cotisations. Choix selon votre priorité : protection sociale vs optimisation cash.
Si vous pensez accueillir des associés ou céder des parts, la SASU (future SAS) est plus flexible. Si votre priorité est le net disponible avec peu de risques, l’EURL peut convenir. Les deux protègent votre patrimoine (dans la limite des apports).
À retenir Simulez sur 12 mois salaire/dividendes/IS pour la SASU, et rémunération TNS/IR pour l’EURL. Comparez net après impôts + protections (IJ, retraite).
Option IR (temporaire) pour la SASU : possible sous conditions et limitée dans le temps. Elle peut être utile si vos charges sont faibles et votre tranche IR est basse, mais attention à l’effet sur les dividendes. L’IS reste le régime le plus fréquent.
Fiscalité IS, salaires et dividendes
SASU à l’IS : bénéfice imposé à 15 % (taux réduit jusqu’à 42 500 € sous conditions) puis 25 %. Le salaire du président est déductible du résultat (soumis charges + IR). Les dividendes sont versés sur le bénéfice après IS, soumis à flat tax 30 % (ou option barème + abattement) ; si le président est majoritaire, pas de cotisations sociales sur dividendes en SASU (contrairement à EURL).
Arbitrage salaire/dividendes : salaire pour la protection sociale (IJ, retraite) et la déductibilité ; dividendes pour optimiser le net après impôts quand la trésorerie le permet. Attention au formalisme (PV d’AG, comptes approuvés).
À retenir Commencez avec un salaire raisonnable couvrant vos besoins + cotisations minimales retraite/santé ; ajustez les dividendes après clôture. Un expert-comptable aide à calibrer.
Si vous optez pour l’IR temporairement, le résultat est imposé à votre barème ; cela peut être intéressant la première année si vous avez peu de bénéfice (investissements) et un foyer faiblement imposé. Mais l’option est limitée dans le temps et doit être anticipée.
TVA et facturation après bascule
En SASU, vous facturez avec TVA (sauf franchise optionnelle si CA faible). Choisissez régime TVA (réel simplifié vs réel normal) selon votre volume et vos achats. Mettez à jour vos mentions légales et CGV, et créez de nouveaux modèles de factures (TVA déductible).
Bascule : prévenez vos clients de la date à partir de laquelle la TVA s’applique. Ajustez vos prix si vous travaillez en B2C (TVA augmente le TTC) ; en B2B, la TVA est neutre pour le client mais améliore votre marge sur achats.
À retenir Si vous dépassez déjà la franchise TVA en micro, planifiez la SASU pour regrouper TVA + déduction de charges ; évitez la double friction (micro + TVA sans déduction).
Charges sociales et protection
Président SASU : assimilé salarié, cotisations URSSAF + retraite complémentaire, pas de chômage. Ratio charges/salaire net souvent ~45 % (ordre de grandeur). Mutuelle/prévoyance facultatives (sauf obligations conventionnelles rares). IJ alignées sur régime général (après carence).
Pensez à une assurance chômage privée (GSC) ou une épargne de précaution. La CFE reste due (nouvel établissement). Certaines aides (ACRE) sont moins utiles une fois sorti du micro mais peuvent jouer si vous créez la SASU dès le départ.
À retenir Établissez un budget annuel des charges sociales sur le salaire cible ; provisionnez mensuellement pour éviter les écarts lors des DSN.
Formalités : statuts, M0, RBE, compte pro
Étapes clés : rédiger les statuts, fixer le capital (1 € possible mais prévoyez un capital crédible), déposer le capital (banque ou notaire), publier l’annonce légale, déposer le dossier M0 sur le guichet unique, déclarer le bénéficiaire effectif (RBE), obtenir le Kbis, ouvrir le compte pro (si pas déjà fait), activer TVA et options fiscales.
Délai : souvent 1 à 3 semaines selon banque/greffe. Coûts : annonce légale, frais greffe, honoraires éventuels (statuts/comptable), dépôt capital (bloqué jusqu’au Kbis).
À retenir Préparez dès J0 un dossier numérique (pièce d’identité, justificatif de domiciliation, attestation de dépôt capital, statuts signés, formulaire M0/RBE) pour éviter les aller-retour.
Après l’immatriculation, pensez à : (1) choisir le régime de TVA et le périodique (mensuel/trimestriel), (2) déposer la liasse initiale/option fiscale si nécessaire (option IS/IR), (3) activer les accès impots.gouv, urssaf, net-entreprises pour la DSN, (4) commander un certificat de signature si vous signez électroniquement des PV ou comptes.
Contrats clients, cession ou apport de clientèle
Vos contrats/CGV doivent passer au nom de la SASU. Pour les clients récurrents, faites signer un avenant ou un nouveau contrat. Si vous avez une clientèle constituant un actif, vous pouvez formaliser un apport/cession à la SASU (écrit + comptabilisation), surtout si vous souhaitez valoriser l’activité.
Vérifiez les clauses de transfert et les obligations d’assurance (RC Pro, PJ). Mettez à jour les mentions légales, la politique de confidentialité et les factures (SIREN, TVA, capital, siège).
À retenir Un mail clair “On passe en SASU” + avenant simplifié limite les frictions et sécurise la continuité de facturation.
Si vous apportez la clientèle à la SASU, formalisez l’apport (ou cession) par écrit, même à valeur symbolique, pour justifier que les revenus futurs appartiennent à la société. Cela aide aussi en cas de contrôle ou de cession ultérieure.
Comptabilité, logiciel et process
En SASU, comptabilité d’engagement obligatoire : factures, journaux, grand livre, liasse fiscale. Choisissez un expert-comptable ou un logiciel + cabinet en ligne. Préparez un plan de comptes simplifié (achats, sous-traitance, logiciels, déplacement, banque, TVA).
DSN mensuelle pour le salaire, déclarations TVA (mensuelle ou trimestrielle), liasses annuelles. Archivez vos pièces (factures fournisseurs, relevés bancaires, contrats).
À retenir Mettez en place un “rituel finance” hebdo (factures, TVA, notes de frais) et un répertoire cloud structuré. Ça évite les rattrapages coûteux.
Outils utiles : logiciel de facturation compatible TVA et séries, banque pro avec exports compta, coffre-fort numérique pour les factures fournisseurs, outil de notes de frais, solution de signature électronique pour PV d’AG et contrats.
Pour gagner du temps : workflow factures fournisseurs → validation → paiement → lettrage ; workflow notes de frais avec carte virtuelle plafonnée. Plus vos process sont simples, moins vous perdez d’heures en fin de mois.
Cash-flow & provisions
Provisionnez 3-6 mois de charges fixes (comptable, banque, outils, assurance, salaire net + charges). Simulez le coût total d’un salaire (net, charges, IS) et le besoin de trésorerie pour les décalages TVA/URSSAF. Prévoyez un crédit de TVA si vous investissez lourdement au démarrage.
Lissez vos prélèvements : DSN mensuelle, TVA au réel simplifié (acomptes + régularisation) ou mensuel si CA élevé. Surveillez la CFE de la SASU (distincte du micro précédent).
À retenir Un tableur “runway SASU” avec encaissements, salaires, charges sociales, IS estimé, TVA, CFE, comptable, permet de piloter sans surprise. Ajoutez un scénario “baisse 20 % de CA”.
Pensez au besoin en fonds de roulement (BFR) : délais de paiement clients, TVA à reverser, charges sociales mensuelles. Si vos clients paient à 45 jours, prévoyez un matelas plus important au démarrage et un suivi strict des relances.
Si vous démarrez avec des investissements (matériel, refonte site, branding), profitez de la récupération TVA et déduisez les frais au lancement. Évitez de financer ces dépenses sur votre trésorerie perso : apport en compte courant ou augmentation de capital cadrent les flux.
Cas pratiques (fictifs)
Freelance dev B2B : CA 120 k€, achats modestes. Sortie micro → SASU. Salaire modéré pour protéger (1 800 € net), dividendes éventuels, récupération TVA sur outils. Clients grands comptes rassurés par la SASU.
Consultant marketing : CA 80 k€, sous-traitance et ads. TVA déductible utile. SASU à l’IS, salaire + déduction frais, dividendes selon bénéfice. Attention au besoin en fonds de roulement (honoraires compta, TVA).
E-commerce léger : CA 150 k€ ventes, achats élevés. Sortir du micro devient évident : TVA récupérable, stocks à valoriser, compta nécessaire. SASU ou SARL selon volonté d’associés ; gestion du stock en compta d’engagement.
Agence créa avec sous-traitants : CA 200 k€, forte sous-traitance. Bascule SASU/SAS pour intégrer des associés et gérer la TVA. Salaire président + dividendes, pilotage de marge par projet, contrat cadre avec les freelances sous-traitants.
À retenir Ajustez le mix salaire/dividendes selon votre secteur, votre besoin de protection et votre appétence risque.
Simulations chiffrées (fictives)
Scénario 1 : CA 60 k€ prestations, charges réelles 10 k€. Micro : revenu ≈ 30 k€ (abattement 50 %), cotisations ~6,3 k€. SASU : salaire net 1 700 €/mois (coût total ~2 500 €/mois), résultat imposé à l’IS après charges ; TVA récupérable sur 10 k€ de dépenses. Intérêt si vous avez des achats + clients TVA.
Scénario 2 : CA 110 k€ prestations, charges 25 k€. Micro impossible (seuil). SASU : salaire net 2 200 €/mois, coût total ~3 200 €/mois, IS à 15 %/25 %. Dividendes possibles (~8-12 k€ selon résultat). TVA récupérée sur 25 k€ d’achats améliore la marge.
Scénario 3 : CA 180 k€ prestations, charges 40 k€, échéances clients à 45 j. SASU : besoin de trésorerie initial 25-30 k€ (salaires + charges + TVA décalée + BFR). IS sur bénéfice, dividendes plus conséquents. Priorité : sécuriser un prêt court terme ou un apport en compte courant.
À retenir Ajustez les hypothèses (taux de charges, seuils TVA/IS) et mettez une marge 10-15 % pour absorber les écarts et retards de paiement.
Erreurs fréquentes
Attendre le dépassement pour agir, oublier la TVA et les mentions, sous-estimer le coût du salaire (charges + compta), ne pas prévenir les clients (avenants), confondre CA micro et revenu après abattement, ne pas isoler la trésorerie de la SASU dès le premier jour.
À retenir Un rétroplanning et un compte bancaire dédié dès l’immatriculation évitent la plupart des écueils.
Autres pièges : oublier la DSN (ou mal paramétrer), ne pas paramétrer la TVA dès la première facture, ignorer les acomptes d’IS (au-delà d’un seuil), mélanger dépenses perso/pro, ou ne pas formaliser l’apport de clientèle.
Checklists & plan 30-60-90
Checklist bascule
- Seuils micro et TVA vérifiés, décision SASU/EURL prise.
- Statuts rédigés, capital déposé, annonce légale, M0, RBE.
- Kbis obtenu, compte pro ouvert, TVA activée, options fiscales choisies.
- Nouveaux modèles de factures/CGV/mentions, contrats clients mis à jour.
- Comptable choisi, plan de comptes et rituels finance définis.
- Tableur runway : salaires, charges, TVA, IS, CFE, comptable.
Plan 30-60-90
- J+30 : décision forme (SASU/EURL), seuils, choix comptable, rédaction statuts.
- J+60 : dépôt capital, annonce légale, M0/RBE, demande Kbis, préparation modèles facture/CGV.
- J+90 : ouverture compte pro, activation TVA, bascule facturation, avenants clients, clôture micro (radiation), mise en place DSN.
Audit express 60 min
- Tableau CA glissant et seuils (micro, TVA) à jour.
- Simulation salaire/dividendes/IS vs micro.
- Dossier formalités prêt (statuts, justificatifs, pièce d’identité, domiciliation).
- Messages clients prêts (avenants, mentions TVA, nouveau SIREN).
Tableaux à maintenir
- Seuils et CA glissant + alerte 80 %.
- Runway SASU (salaires, charges, TVA, IS, comptable, CFE).
- Factures/CGV versions (micro vs SASU) pour traçabilité.
L’essentiel
- Préparez la bascule avant d’atteindre les seuils micro/TVA.
- SASU = IS, salaire assimilé salarié, dividendes sans cotisations.
- Formalités : statuts, capital, annonce légale, M0, RBE, Kbis, TVA.
- Mettez à jour contrats, factures, mentions, CGV ; avenants clients.
- Runway : charges sociales, comptable, CFE, TVA, IS, banque pro.
- Plan 30-60-90 pour sécuriser formalités, fiscalité et cash.
- Compte bancaire dédié et rituels finance hebdo : non négociables.
- Anticipez TVA/DSN dès la première facture pour éviter les rattrapages.
FAQ — passer de micro à SASU
Dois-je attendre de dépasser le plafond micro ?
Non, anticipez dès 80 % des seuils pour choisir la forme, préparer TVA et formalités sans rush.
Puis-je garder mon RC Pro et mes contrats ?
Oui, mais mettez à jour l’entité assurée et signez des avenants clients au nom de la SASU.
La SASU paie-t-elle moins de charges que le micro ?
Pas forcément : charges sociales sur salaire + compta. Avantage si vous déduisez des frais et récupérez la TVA.
Quand commencer à facturer avec TVA ?
À la date d’effet de la SASU (Kbis + TVA active). Informez vos clients et changez vos factures/mentions.
Faut-il radier la micro ?
Oui, une fois la SASU opérationnelle, radiez votre micro pour éviter doubles obligations et CFE multiples.
Puis-je garder le même compte bancaire ?
Mieux vaut un compte dédié pour la SASU. Un compte pro séparé évite le mélange des flux et sécurise la compta et les contrôles.
Conclusion
Passer de la micro-entreprise à la SASU se prépare : surveiller les seuils, choisir la bonne forme (SASU/EURL), cadrer la fiscalité (IS, TVA, salaire/dividendes), sécuriser vos clients et votre cash. Avec un plan clair, vous gagnez en crédibilité et en capacité d’investissement.
Action rapide : mettez à jour votre tableau de seuils, simulez salaire/dividendes/IS, rédigez vos statuts, ouvrez le compte pro, préparez vos nouveaux modèles de factures/CGV et vos avenants clients. Lancez un plan 30-60-90 pour boucler formalités, TVA et communication.
Une bascule anticipée protège votre trésorerie et votre image, et vous ouvre la porte à des contrats plus importants ou à l’association future.
Sites officiels à consulter
Les règles évoluent : vérifiez votre situation sur ces sites ou auprès d’un professionnel avant une décision.